1er juin 2003, un dimanche. Il fait une chaleur de plomb et j'embauche le lendemain pour mon tout premier vrai boulot. Je décide de repérer les lieux histoire de ne pas foirer mon entrée en scène, et je pars à vélo pour profiter du soleil. Après avoir pédalé une bonne dizaine de kilomètres sur divers bitumes franciliens tous plus hostiles les uns que les autres, je débarque enfin sur le site, crevée et dégoulinante. Les vélos sont autorisés, je pénètre.
Dès l'entrée une foule m'assaille, j'avance avec difficulté et suis bien vite obligée de descendre de mon engin pour suivre le cortége et éviter les badauds qui arrivent en face. Tourneboulée, larguée, et même assoiffée, je finis par repérer une buvette. Après une bonne vingtaine de minutes de queue j'ouvre mon sac en quête de mon profil de poste ; c'est bien ça, "responsable de l'accueil et de l'animation, centres de loisirs, scolaires, grand public" etc.
C'est donc ça le GRAND public ? Des centaines de vélos, des milliers de beaufs bariolés qui traînent la savate ? Des Mister Freeze et des ballons qui volent dans tous les sens, des vieux qui bavent et des bébés qui couinent ? Des poneys, là-bas, des putains de canassons ! Argh, mon Dieu, sauvez-moi. Une "Maison de Parc" au loin, je m'y rends. J'essuie mon front et arrange quelque peu ma toilette. Tee-shirt auréolé, pantalon informe et tennis poussiéreuses, j'entre et fonce droit vers "l'hôtesse d'accueil".
Elle déboute sèchement deux personnes et daigne enfin tourner son regard mort vers ma modeste personne. Pas le temps de répondre un bonjour manifestement, et non, le centre technique n'est pas ici, mais il n'est pas ouvert au public de toutes façons. Non, il n'y a pas toujours autant de monde, mais aujourd'hui une manifestation a lieu dans la partie sud. Et non, vraiment pas envie de dire aurevoir.
Merci, Mademoiselle la porte de prison, je vous souhaite bien le bonsoir et prends le temps de vous adresser un large sourire, en pensant à demain matin quand vous vous retrouverez face à votre nouvelle boss.
Je sors, je récupère mon vélo et quitte les lieux comme une voleuse, sans même jeter un oeil du côté des boisements touffus et des superbes plans d'eau un peu plus haut. Je ne sais plus si je dois rire ou pleurer et je préfère déguerpir avant que la décision ne s'impose d'elle même.
Je l'ignorais évidemment, mais j'étais à la veille d'entrer dans la période la plus faste et la plus confortable de toute ma vie.