On finit toujours par se retourner. On regarde nos petits souvenirs de loin, on les mélange aux grands, ceux des bouquins, ceux des copains, ceux des films... Puis l'on se rend compte qu’après tant de chansons et de larmes, finalement, entre l'amour propre et celui d'autrui il n’y a qu’un pas, et qu'on franchit toujours le premier avant le second.

Puis plus tard, on se rend compte que non, en fait. Les sentiments ne sont pas qu’affaire d’hormones et d’ego, de corps en non rencontres, de narcissismes en goguette… On s’était menti. Pour ménager la sensibilité - notre orgueil pensait-on - on n'avait pas vraiment adhéré au truc au fond, à sa simplicité et son évidence. On croyait à la dépendance et à la possession, à la fièvre et au délire, à l’obsession même, mais pas à l’amour.

Pourtant vous vous retrouvez là un beau dimanche, tout nu et misérable ; vous l’aimez et il s’en fout. Si ce n’était qu’orgueil, si ce n’était qu’une veste, vous pourriez vous draper dedans et laisser passer l’orage. D’un coup vous avez tout compris : c'est un jeu d'enfants. Il y a bien un bourreau mais il n'y a pas de crime. Vous n’êtes pas fier et pas moins digne, vous êtes juste triste et il fait froid.