Vous lisez cette petite phrase, que pensez vous ?
Bon, vous la relisez.
Peut-être êtes vous - comme je le fus - pris d’une subite envie de dégainer un pavé encyclopédique dans l’espoir de combler l’abîme noir et sordide sous vos yeux. Dans ce cas bougez pas, chers lecteurs effarés, je l’ai fait pour vous.

En effet, chers lecteurs alphabètes, vous le saviez, la solidarité et la charité ce n’est pas la même chose ; la petite phrase juste au-dessus comme quoi s’opposer à l'une permet de passer à l’autre n’est peut-être pas si fausse alors ?
Solidarité = r
esponsabilité mutuelle qui s'établit entre deux ou plusieurs personnes.
Charité = amour du prochain, action de bienfaisance.
En gros la solidarité est une action bilatérale, tandis que la charité est unilatérale et aucun obstacle, du moins terminologique, n'empêche donc de mener les deux de concert.
Quelques subtilités toutefois, car il se trouve que certains, quitte à être sympa, préféreraient que ça profite au salut de leur âme plutôt qu’à l’ensemble de leurs semblables y compris eux-mêmes. C'est-à-dire que le bon sens ne suffit pas toujours à justifier un geste désintéressé de leur part, il faut un bon point sur le bulletin, au cas où on leur demanderait au matin du grand couac.
L'inverse n'est pas jojo non plus hein, un geste désintéressé qui profiterait aux deux parties en présence n'est pas totalement désintéressé, nous sommes d'accord.

N'empêche, d'une cette petite phrase est fausse, de deux elle est fourbe, minable et sale. Pas sale au sens du tabou, de l’interdit bravé. Non, ça ce n’est que le fantasme des types qui souffrent du silence qu’ils peuvent fièrement briser jours après jours en disant des saloperies (AKA "lutter contre le politiquement correct"). Le quidam chez qui j’ai lu cette phrase trouve que ce serait une chouette idée, d’abolir la solidarité. Même, n’ayons pas peur des mots : ce serait courageux par ces temps modernes tellement dégoulinants de solidarité de partout. Bah oui enfin, ça frappe à chaque coin de rue b**** de m**** ce que notre société dégorge la responsabilité mutuelle qui s’établit entre ses membres.

Comment peut-on écrire une chose pareille alors ? C’est pourtant simple : "la responsabilité mutuelle" n’existe pas. Le monde est injuste, l'Homme un être supérieur qui cède toujours aux sirènes de l'égoïsme, et il nous faut faire avec. D’où découle l’idée parfaitement logique que toute tentative de ne pas faire avec est un déni de réalité, voire une hypocrisie d’homme repu inventée par des intellectuels fumeux pour lambiner aux frais du contribuable. Hein que c’est parfaitement logique mon cher Watson ?

Mais si, regardez : il y a des bien lotis et des mal lotis, c’est comme ça, et vaudrait mieux que les pauvres bougres soient dans la rue à mendier des piécettes plutôt qu'à faire les zouaves à la CAF pour une vie de misère payée par des pauvres tartes qui pourraient sûrement troquer leur twingo avec un kangoo s’il n’y avait pas ces maudits impôts. En passant vite et en oubliant que l’accès à l’eau, à la santé, à la justice, à l’éducation et tous ces gadgets là sont un droit, et non une faveur que nous avons mendié, justement parce qu’il s’agit de solidarité et non de charité.

Enfin, chers lecteurs peu férus de bucoliques balades dans les égouts cybernétiques, sachez que les types qui balancent ces conneries ont tôt fait d’arguer que si les pauvres bougres ne comptaient pas sur "la responsabilité mutuelle", mais plutôt sur "l’amour du prochain", bah ils ne profiteraient pas de leur vie de misère tellement confortable : ils s’en sortiraient, pour sûr. Il y aurait des gens en haut, des gens beaux et généreux. Puis il y aurait les autres pour ramasser les miettes, et tout le monde serait bien content de son sort. Car ils sont nombreux à profiter de la solidarité vous savez. Si si, ils sont tellement nombreux qu’on ne sait pas du tout combien ils coûtent. Enfin si, on sait qu'environ 1% des aides sociales (sécu-assedics-retraites-aides familiales) sont attribuées à la pauvreté et que plus de 50% de celles-ci profitent aux classes moyennes. Comme quoi la "responsabilité mutuelle" a aussi ses limites : soyez contre, c'est plus simple.