... disait Desproges. Mais il y en a qui tirent un peu la gueule quand même.
Certes nous avons largement passé le quart de siècle, derrière les preuves et bientôt des épaves. Mais en vérité nous sommes toujours fringuants, voire bien mieux fringués. En vérité la vie semble couler comme par gravité vers telle ou telle affaire jugée sérieuse mais finalement n'aurait-on pas atteint l'âge de laisser pisser ? A vous entendre tas de zombies on se croirait tous les jours dimanche, cette journée moisie où l'on peut même pas oublier qu'on bosse le lendemain en s'abîmant dans le rock and rhum.
En vérité la trentaine est le plus bel âge mais personne ne veut l'admettre parce que la quarantaine arrive. Et n'allez pas croire que je n'ai pas la trouille. Moi aussi je regarde impuissante mon corps décliner, le châtain de mes cheveux de jours en jours moins chatoyant, le contour de ma silhouette d'années en années plus fuyant... Tout est moins net désormais. Ou c'est la vue qui baisse ? Et puis la fatigue, et puis les autres qui s'accrochent à vos basques tant qu'il est encore temps, et puis la retraite dont-il-serait-temps-d'y-penser-quand-même, et puis tous ces projets morts-nés qui s'accumulent dans des bilans frigides et caetera et caetera. Mais à ce jour la trentaine je kiffe grave. L'ennui c'est qu'il faut la passer avec de futurs macchabées en puissance. L'ennui c'est qu'à 30 ans le rabat-joïsme vain des rages juvéniles contre l'injustice du monde a bel et bien fait place au geignement molasse des résignations gâteuses contre le temps qui passe.