Rasputain

30 juin 2017

Content de lui, méfiant des autres

Ses veines vides battent à ses tempes

Une musique assourdissante

Faite d'échos empruntés

D'aigus dématérialisés.

Des pas divins qui le portent

Aux portes de ses jours carrés

S'échappent en petits tourbillons vains

Une blanche pluie de peaux mortes.

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05 avril 2017

Notes pour plus tard #4 : Le vin est ce qu'il y a de plus civilisé au monde

... Disait Rabelais. 

Comme son nom ne l'indique pas, l'œnologie est une science qui parle du vin*. On pourrait ainsi croire qu'il est possible de picoler pour se rapprocher de la science, mais ce n'est pas le cas, comme je l'ai découvert à la faveur d'un beau cadeau reçu à mes 30 ans, pile 5 ans avant de plonger dans le débit de boisson.

"La plupart du temps, nous sommes des buveurs. Mais aujourd'hui vous allez commencer votre travail de dégustateurs. Les buveurs sont des jouisseurs, ce que nous sommes couramment, les dégustateurs sont des détectives." Nous lance le directeur de l'Ecole du Vin, œnologue émérite qui assure le stage aujourd'hui.
Coup d'oeil furtif vers le seau à champagne sur la table, petit regard vers Paul, qui me confirme en un clin d'oeil : "Attends on va peut-être pas s'obliger à cracher les grands crus dans la bassine." Bien, l'affaire est entendue. De toutes façons je ne sais pas cracher.

Une chose m'avait turlupinée aussi en arrivant de frais matin à l'hôtel Saint-James, traversant ses salons cosies aux revues exotiques genre Gestion de fortune bien alignées sur de petites tables en bois précieux. Connaissant ce milieu pour l'avoir un peu côtoyé, je savais que le liquide sacré reflétait sur deux côtés, deux images bien différentes : celui du terroir (j'ai grandi à quelques lopins de Madiran) et celui de la haute société oenophile.
Si le premier sent fortement la sueur et le fric, le second empeste la pédanterie, et le fric, évidemment.
L'œnophile revendiqué, je ne l'avais rencontré jusque là que dans des ambiances feutrées, où tout n'est que calme et volupté tandis que les ego virils s'affrontent à coups de X.
Combien de bouteilles produit ce bon Monsieur X, dans son vignoble à X euros l'hectare ? A combien est coté le vin X, pour X rendement, et combien vaut X sur le cours australien ? Et vous mademoiselle, combien de verres de Pouilly 19XX à X euros pour quelques battements de cils pendant que je fais la roue ?
J'ai donc vite été rassurée par les propos introductifs du prof de picrate. Pas de complexes à avoir, l'œnologie n'est pas seulement une masturbation corporative, il s'agit bien d'un ensemble culturel avec son histoire, ses règles, ses procédés tout à fait pratiques, techniques, et son vocabulaire bien défini. Maîtriser cette culture ne sert à rien, clairement, et cela ne la rend pas éthérée et spirituelle contrairement à ce que des huiles voudraient faire croire aux petites gens, pour justement cacher l'indigence de leur spiritualité graisseuse.

Lorsque l'on goûte un vin, que l'on reconnaît sa maturité à robe, son nez de beurre frais aux notes acidulées, ou ses accents de pruneau ou de cassis, long en bouche sans être râpeux, aux tanins de sous-bois et d'épices, ce n'est pas un vin que l'on goûte, c'est toute une histoire. C'est la maîtrise d'éléments naturels (biologie de la plante, climat, sol…) et d'un façonnage séculaire que l'on essaie de deviner, que l'on touche du doigt, ou plutôt des yeux, du nez et de la bouche.
Et là je m'aperçois qu'il est difficile de s'exprimer sur le sujet sans tomber dans un lyrisme grotesque, le "syndrome de l'étiquette écrite en Pagnol de supermarché". On parle de pinard quoi, pas de peinture. Mais l'artisanat, qu'il soit luxueux ou modeste, est parfois élevé au rang d'art, et parfois mal élevé au rang de produit à plus ou moins d'X).


C'est un apprentissage de toute une vie d'après le prof. Et ce n'est que par une pratique constante que l'on peut en cerner les subtilités. Comment faire la différence entre l'amertume et l'acidité, le sucré et le confit, si l'on n'a jamais testé la différence ? D'ailleurs le vieil adage "les goûts et les couleurs ne se discutent pas" est une foutaise. Les goûts se discutent et les couleurs s'apprennent. Celles de base d'abord pour accéder aux nuances, par petites touches, en maîtriser les différences subtiles petit à petit, se les approprier pour élargir encore la palette. Non pas pour collectionner des images comme un cruciverbiste collectionne des mots, mais pour mieux les apprécier. J'entends par là que si génétiquement il existe des différences entre les papilles de chacun, il n'existe pas de palais faits pour la suavité et le raffinement et des palais adaptés au rustique, au fade ou au fort indistinct. C'est également en cela que l'oenologie et les arts culinaires en général se rapprochent de l'art tout court. Qui oserait dire qu'un cheminot a des rétines trop épaisses pour être ému par le Baiser de Klimt ou qu'une caissière a une ouïe trop grossière pour vibrer aux cordes des Quatre Saisons de Vivaldi ? Personne ne connaît rien et tout le monde est sensible à tout avant d'apprendre que certaines parties du monde se trouvent dans une autre dimension que la sienne, trop étrangère pour être explorée.
D'ailleurs la preuve, au bout de douze quarts de ballons ingérés au nom de l'art, Paul et moi-même, malgré nos différences de sexe et d'origine sociale avons tout deux véritablement perçu la substantifique moelle de la quintessence de l'esthétisme fait liquide.
On est rentré à pieds, heureux et à peine moins cons, beuglant des âneries verbeuses par les petites rues des Tuileries à la Goutte d'Or, qui n'a jamais si bien porté son nom.

 

***


* Chose amusante, du coup j'ai cherché un peu l'étymologie du mot "oenologie". Partout l'on se contente de dire qu'oenos vient du grec et signifiait vin. Comme je m'en voudrais de vous enduire en aigreur, amis lecteurs, si vous partez vous dorer la pilule en Grecquie, de grâce, ne commandez pas de l'oenos, sous peine de passer pour un abruti de touriste français qui croit parler le grec en passant trois semaines au club Med de Marathon**.
Ne laissez surtout pas planer le doute, commandez du krassi. Kokino si vous êtes plutôt rouge, aspro si vous êtes plutôt blanc, redzina si vous êtes plutôt bourré (ou curieux à l'excès).

** Amis lecteurs promettez moi solennellement que jamais vous n'irez au club Med de Marathon***. J'y ai séjourné deux jours pour un congrès et jamais de ma vie je n'ai eu aussi honte de ma nationalité.

*** Bon, évitez tous les Clubs Med allez, et si vous avez trop de fric et trop de vacances, passez les à jeter les billets par les fenêtres, c'est mieux et ça fait rire les petits enfants.

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12 mars 2017

On the Nature of Daylight

L'essence profonde de la musique, c'est l'espace entre les notes, les ondes qui montent et qui descendent, qui se répètent, se détachent... On a rarement les mots pour dire comment elles nous touchent, remuent d'autres ondes, comme la beauté du jour, son rapport à l'ombre, sa texture, sa sensation, son spectre.
Je crois que c'est pour cela que Denis Villeneuve a choisi la pureté répétitive de ce morceau de Max Richter pour accompagner "Premier Contact".
On parle de la Rencontre du 3è Type à propos de cette oeuvre puisque le sujet est le même : la communication. Mais la question du langage et de la cognition y sont abordés différemment, mis en perspective par l'arc narratif et la relation à l'espace avec une photographie à la hauteur du propos. Il y a le sens propre et aussi le rythme, l'ordre défini par un temps, linéaire pour les humains, spatial pour nos physiciens, mystérieux pour nous tous : comment peut-on faire des années si courtes avec des minutes si longues ?
Quelques dialogues ridicules, quelques ombres de l'état du marché du cinéma planent de bout en bout, mais l'on s'approche sacrément du cinéma total d'un Kubrick.

arrival




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26 mai 2016

Les contes de javascript

Photo déchirée, page d'annuaire cramée, hurlement sous la lune et alcool triste, tout le bordel. Restait plus qu'à éviter soigneusement les endroits, les amis communs, noyer des litres de larmes sous la douche... En quelques mois, un an maximum, c'était réglé. Mais ça c'était avant l'Internet mondial, quand son sourire ne pouvait pas pop-uper au détour d'un malheureux clic. Parce qu'un clic c'est tellement léger que c'est plus dur à éviter. Les amis communs, ça c'est fastoche : il n'y en a plus. Quel besoin d'avoir autre chose en commun qu'une attraction réciproque quand elle peut s'installer dans ton quotidien sans jamais s'incarner ? D'ailleurs est-il vraiment nécessaire qu'elle soit réciproque ? Le web 2.0 est vaste ; les hasards sont toujours heureux et le ciel pourvu d'étoiles quand on les cherche dans l'infini.
C'est là l'aspect le plus triste de l'évolution des moeurs copulatoires à l'ère cybernétique, je trouve. Mais ce n'est qu'un dommage collatéral.

Prenons une autre échelle. Des savants professionnels s'inquiétent du zapping-tinder-individualiste-d'une-génération-Y-hypernarcissique (ou autre formule aussi peu scientifique qu'inquiétante). La tentation est grande d'en faire une conséquence purement technologique, la couille tombée dans le potage de la communication dématérialisée. Et je n'ai pas de grosse massue wikipedia sous la main pour étayer mes propos, mais s'il est probable que cette génération baise plus que les précédentes, d'une part elle ne le doit pas à la marchandisation de sa personne sur le web, d'autre part je ne vois pas pourquoi elle baiserait plus mal ou mieux. Les jeunes des classes moyennes sentent moins l'obligation de se maquer tôt, certes, mais ne tombent pas moins amoureux, ni ne se sentent moins seuls.

Gardons cette échelle pour aller dans le cru du sujet. Au-delà d'une jeunesse sans emploi mais diplômée, au confort précaire et néanmoins réel - la fameuse "génération Y" - il y a l'ensemble des jeunes, notamment ceux dont on n'entend parler que par la caricature, des voyous à capuches des faits divers aux bimbos illétrées des télé-réalités.
Cet ensemble hétéroclite, "les jeunes", forme ce qu'un pote appelle "la génération éjac faciale" ; ces individus aujourd'hui adultes qui ont construit leur sexualité sous l'influence d'un porno plus accessible et surtout plus hardcore que celui de papa. Quelles sont les conséquences sur le terrain, aucune idée. Mais à bien y réfléchir, chaque génération a eu son marché du sexe, accessible ou caché, son lot d'imageries captivantes, de libérations factices et de complexes répressifs. Une chose est certaine, les conséquences différent encore et toujours selon la classe sociale dans laquelle elles s'expriment.
"Aller aux putes" était un acte discret mais normal pour un bourgeois des années 30 ; caché et dégradant pour un prolo. Aujourd'hui les classes moyennes sont sous le coup d'une injonction sociale de jouissance tandis que les gamines de collèges miséreux se font cracher dessus pour un short un peu court.

Difficile de tirer une conclusion de ces quelques remarques, il semble simplement que dans cette dématérialisation de nos rapports amoureux, amicaux, sociaux ou sociétaux, le problème reste le même qu'avant, avant l'Internet mondial. Parce qu'Internet n'est qu'un outil, et ni la classe d'âge ni le degré d'exposition à ces pratiques ne semblent réellement déterminants dans l'usage qui en est fait. L'origine culturelle n'influe pas vraiment non plus à l'échelle plutôt diversifiée d'un pays occidental, je ne crois pas. Une chose de sûre, ces tendances s'exercent selon l'appartenance à une classe sociale, le "standing" du quotidien et la marge de manoeuvre qu'il autorise dans la confrontation obligatoire au réel.
En cela, une dichotomie s'opère et elle me paraît être le phénomène le plus flippant : d'un côté un réel désespéré, détaché de la vie de la cité et de plus en plus violent qui se matérialise à la marge pour ponctuer nos vies d'indignations collectives. De l'autre un désintérêt pour l'action, un dégoût de la vie de la cité compensé par l'affichage d'opinion dans les réseaux sociaux, soufflés et/ou repris par les médias, eux-mêmes produits et producteurs de la grande machine.
C'est d'ailleurs de cette génération qu'est née la vague de "Politically Correct" en provenance des US, avec son flot de jeunes gens instruits, over-concernés par toute forme de discrimination et les tétons qui pointent sur FB, aussi bavards qu'inopérants In Real Life. 

La morale de cette histoire ? Aucune, tout juste une conviction intime et personnelle : l'incroyable révolution qu'était cet outil dans les années 90 a fait flop. Souvenez-vous tout de même, on allait traverser les murs !
20 ans plus tard, on s'est tous bien transformés en data mais nous n'avons rien traversé du tout, au contraire, chacun se débat toujours dans sa case, sa catégorie, sa classe, en faisant plus ou moins de bruit, éventuellement. 

computing

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26 mars 2016

Glam feminism 2.0

Pour une fois c'était pas trop mal parti, ce vieil exercice de style d'inversion des rôles, avec le type qui se trouve plongé dans un monde où les filles se conduisent comme des garçons. Intéressant comme exercice parce que casse gueule, puisque l'on présuppose deux types de comportements représentatifs, et qu'il est donc inévitable de tomber dans le cliché. Un cliché n'est pas faux par essence, mais il fige souvent trop les choses pour montrer le vrai derrière l'image de l'instant.
C'était pas mal parti donc ce petit film, la discussion préalable entre les deux parties n'était pas si tarte, sauf que bon bah * SPOIL ALERT * ça finit en contrainte physique avec tentative de viol collectif. Oué, carrément, ça dénonce grave. 

Alors, une petite mise au point : le viol est un crime. Coincer quelqu'un pour le tripoter, le contraindre ou le frapper, qu'il s'agisse d'un homme, d'une femme ou d'un enfant, quelles que soient les fringues qu'il porte, c'est un crime puni par la loi et certes, on ne le dira jamais assez.
En revanche, draguer lourdement, non, ce n'est pas un crime. Et j'en suis navrée, princesse, miss, hé mademoisel', mais pendant que tu vis quotidiennent un tel enfer que ça fait l'objet d'un article sur cinq dans Slate, le Huff Post et autre presse intellectuelle, les être humains les plus miséreux de notre beau pays, ceux qui vivent dans un quotidien si abrupt et violent qu'il ne leur reste aucune force pour saisir les outils juridiques ou médiatiques à la disposition du citoyen lambda sont statistiquement... des femmes.

Ces femmes, souvent mères non diplômées, célibataires, issues de l'immigration pour les cumulardes, sont peut-être captivées par tes déboires avec ce "jeune à capuche" qui a insisté lourdement sur le fait que t'es bien excitante et qu'il est pas jaloux si t'as un copain. Dieu sait s'il n'est pas facile de se débarrasser de ces relous, je peux en témoigner pour l'avoir vécu au bas mot 10 fois en 8 ans dans la no-go-zone de la rue Myrha à Paris. Au moins les crack heads du coin ont le bon goût de ne pas sourire quand ils te parlent.

Ok, je suis cynique et ça n'est pas très girly. Mais ça finit par être énervant voyez-vous, parce qu'il y a un vrai combat à mener, en fait. Une pression sexiste existe bel et bien dans ce pays comme dans d'autres. Or aucune juridiction ne s'en préoccupe parce que d'une part les classes moyennes et hautes sont bien moins concernées, et d'autre part, il est difficile de pointer du doigt un groupe de coupables, genre les jeunes-à-capuche-du-tromé ou les rugbymen-en-troupeau-dans-les-bars (enfin de ceux-là on parle peu, mais ma Tooloose sista SAIT).
Cette pression c'est celle d'un système qui punit le fait de pouvoir porter des enfants un jour et d'être donc moins rentable à moyen terme, moins disponible, et celle encore plus forte et insidieuse qui oblige à accepter n'importe quelle condition de travail parce que trouver un logis décent pour sa famille coûte plus de 50% d'un SMIC là où il y a un peu de boulot à glaner pour les non-diplomé(e)s, à plus forte raison si l'on a fui la misère ou la guerre et que l'on n'a ni caution parentale ni modeste patrimoine familial sous le coude.
Cette pression c'est celle exercée par la main invisible du marché, et elle se fout pas mal que tu sois un homme ou une femme, elle s'en prend simplement à ceux qui ne sont pas en position de force. C'est à dire évidemment pas Valérie Trierweiler, ni même la petite stagiaire de chez Topito qui va galérer encore quelques temps pour s'offrir les nouvelles Louboutin et préfère chouiner après les hommes qui la harcèlent vu qu'elle n'a pas prise sur l'employeur qui l'exploite, et véhicule des clichés de merde dans une ambiance innocente et décalée.

Attention scoop : les femmes sont sexualisées par les hommes, et inversement. Y a aussi des femmes sexualisées par des femmes, mais ça n'a pas l'air de les flipper chez Topito. Et puis tant qu'on y est, admettons que nous nous sexualisons nous-mêmes, car c'est bien naturel.
Sans parler du comportement plus complexe des meutes de tout sexe, si la réaction de l'homme et de la femme diffère souvent à cet égard, ça n'est pas un problème qui mérite autant d'audience et de comparaisons foireuses tant que les gestes ne dépassent pas les paroles. Hors d'une relation d'ascendance hein, quand ce n'est pas un quidam mais un boss, collègue, toubib, colocataire, tata Jocelyne ou que sais-je, le mot "harcèlement" prend vraiment son sens évidemment.
A ce jour, ce sont les pauvres qui souffrent, leurs femmes, leurs enfants et leurs vieux. Dans votre monde et le mien, les maîtres voient leurs grandes écoles se remplir de femmes, et ce qui m'inquiète, c'est qu'elles ne sont pas moins sexistes que les hommes.

Je connais pas ce Guy mais c'est de toute évidence un gros porc.

 

Ah oui au fait, il a aussi des femmes qui risquent leur peau pour que leurs filles puissent être éduquées, évoluer, faire partie du monde... Se faire draguer, pourquoi pas ?

help


Oui franchement si je prends les devants il va peut-être se calmer avec ses verbes à l'indicatif au lieu du participe passé là... Et pour info y a deux S à ravissante.


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29 janvier 2016

Inception

Au chapitre des plaisirs coupables, il y a les grands violons dans des orchestrations mégalos, les musiques panthéistes d'Hans Zimmer et les films transcendantaux aux images impressionnantes.
Le problème de Christopher Nolan reste l'ésotérisme un peu creux qui transpire de ses scénars. Il y a toujours un moment où tu fais un pas de côté pendant la séance. T'aperçois les ficelles et là le décor s'écroule, aussi majestueux soit-il.
Image, musique, impressions... Il ne reste pas grand chose d'Inception au final, à part l'idée.
L'idée au centre de l'idée, la façon dont elle germe dans les méandres de notre cerveau, dont elle l'arpente, dont elle infiltre la résistance - la raison - pour mieux le coloniser.
Je repensais à ça et à son expression triviale : quand on a une idée en tête, on l'a pas... ailleurs. D'où sort cette expression, je n'en sais foutre rien mais elle est foutrement fausse. En vérité il arrive souvent qu'une idée parte de la tête pour gagner le corps ou l'inverse. Parfois à une vitesse telle qu'on ne sait plus d'où elle vient au juste. Et s'il n'y a pas grand chose de meilleur, peu de choses sont pires. Quel que soit l'être de présent, d'action et de rationnel que l'on soit, une telle idée obtient sans crier gare la puissance d'un dogme. La raison veut la rejeter, juste par principe, mais c'est impossible quand entre temps l'idée est devenue la raison et le principe.
Que reste t-il à faire alors ? Suicider Marion Cotillard. Se jeter à corps perdu dans l'idée. Tuer l'idée pour ressusciter dans le monde des vivants, au risque de mourir pour de bon.  

 

Inception-Cillian-Murphy

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04 décembre 2015

Notes pour plus tard #3

1er juin 2003, un dimanche. Il fait une chaleur de plomb et j'embauche le lendemain pour mon tout premier vrai boulot. Je décide de repérer les lieux histoire de ne pas foirer mon entrée en scène, et je pars à vélo pour profiter du soleil. Après avoir pédalé une bonne dizaine de kilomètres sur divers bitumes franciliens tous plus hostiles les uns que les autres, je débarque enfin sur le site, crevée et dégoulinante. Les vélos sont autorisés, je pénètre.
Dès l'entrée une foule m'assaille, j'avance avec difficulté et suis bien vite obligée de descendre de mon engin pour suivre le cortége et éviter les badauds qui arrivent en face. Tourneboulée, larguée, et même assoiffée, je finis par repérer une buvette. Après une bonne vingtaine de minutes de queue j'ouvre mon sac en quête de mon profil de poste ; c'est bien ça, "responsable de l'accueil et de l'animation, centres de loisirs, scolaires, grand public" etc.
C'est donc ça le GRAND public ? Des centaines de vélos, des milliers de beaufs bariolés qui traînent la savate ? Des Mister Freeze et des ballons qui volent dans tous les sens, des vieux qui bavent et des bébés qui couinent ? Des poneys, là-bas, des putains de canassons ! Argh, mon Dieu, sauvez-moi. Une "Maison de Parc" au loin, je m'y rends. J'essuie mon front et arrange quelque peu ma toilette. Tee-shirt auréolé, pantalon informe et tennis poussiéreuses, j'entre et fonce droit vers "l'hôtesse d'accueil".
Elle déboute sèchement deux personnes et daigne enfin tourner son regard mort vers ma modeste personne. Pas le temps de répondre un bonjour manifestement, et non, le centre technique n'est pas ici, mais il n'est pas ouvert au public de toutes façons. Non, il n'y a pas toujours autant de monde, mais aujourd'hui une manifestation a lieu dans la partie sud. Et non, vraiment pas envie de dire aurevoir.
Merci, Mademoiselle la porte de prison, je vous souhaite bien le bonsoir et prends le temps de vous adresser un large sourire, en pensant à demain matin quand vous vous retrouverez face à votre nouvelle boss.
Je sors, je récupère mon vélo et quitte les lieux comme une voleuse, sans même jeter un oeil du côté des boisements touffus et des superbes plans d'eau un peu plus haut. Je ne sais plus si je dois rire ou pleurer et je préfère déguerpir avant que la décision ne s'impose d'elle même.
Je l'ignorais évidemment, mais j'étais à la veille d'entrer dans la période la plus faste et la plus confortable de toute ma vie.

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12 novembre 2015

La paire et la parité

Je n'ai qu'un souvenir de ces cinq journées entre les griffes des terribles "formateurs", dont deux dédiées à la "méthodologie de projet" par un "consultant méthodologue" (comprenne qui pourra, et beaucoup le pourront, ce supplice est hélas ordinaire) : j’ai été obligée de m’occuper l’esprit pour ne pas le perdre.

Dans un premier temps, comme tout un chacun, je me suis absorbée dans la scrutation des primates qui m’entouraient. Il y avait là une dizaine de males et pas moins de femelles, tous aussi semblables et divers les uns que les autres. Mais au bout d’une demi-journée, j’ai dû passer à une activité plus captivante pour mes neurones.
La seconde demi-journée fut donc consacrée à imaginer quelles situations cocasses entre ces primates pourraient me sauver, tout en appliquant ma partie digitigrade au dessin de convolvulus, tamiers et salsepareilles sous la formule cabalistique "> Diff. projet/project".
Un sous-bois moussu a envahi ma page tandis que les aiguilles partaient en sens inverse. J'ai alors décidé de replancher sur cette question essentielle qui m’a souvent taraudée : et si j’étais un garçon ?

Au bout de longues minutes, je m’aperçois que ce n’est pas tant quel garçon serais-je, mais plutôt que ferais-je en tant que garçon, qui m’intéresse. Ou plus exactement que pourrais-je donc faire de super génial en tant que garçon qui me ferait regretter ma condition féminine.
J’avais déjà exploré la question plusieurs fois, comme tout le monde, avant même de savoir ce qu’était exactement un garçon d'ailleurs. Mais jamais je n’avais réussi à conclure.

Poussée dans mes derniers retranchements, dans la tiédeur de cette salle aseptisée au coeur d’une verrue architecturale trentenaire, c’est le chemin vers cette réponse qui a préservé mon âme d‘une avarie probable. Et je vais vous dire ce que je ferais, moi, si j’étais née avec un Y...
Je pisserais sur les 4X4. Sur les enjoliveurs, et la serrure un peu aussi. Enfin, je commencerais par la serrure tant que le contenu de ma vessie me permettrait de concentrer le jet, puis je finirais par les enjoliveurs.

Bien évidemment, l'idée est sympathique mais le pied ce serait d’être un grand homme... Mais hélas peu sont élus. Et heureux sont-ils, car dans ce cas ce serait tout autre chose ! C’est sur le pare-brise que je pisserais, direct.

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18 octobre 2015

Des incroyables propriétés de son sourire

- Stopper le coeur une seconde, ou même 5
- Le faire accélerer pour rattraper le temps
- Transformer la plume en plomb, et inversement
- Courber la musique jusqu'à ce qu'elle te vrille
- Colorer l'indicible en nuances de printemps et d'automnes
- Disparaître vachement plus vite que son ombre

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01 octobre 2015

Lectures contemporaines

Deux livres, deux ambiances.

Un titre à la noix pour un produit littéraire au packaging criard, lèvres carmin et folkore wallono-japonais effleurent vaguement votre esprit. Prenez le livre entre vos mains, soupesez-le. Il est léger. Oubliez que cet objet est un cadeau de votre ex-employeur en date du 8 mars - sinistre anniversaire qui voit chaque année vos ragnagnas décuplés puissance 3 milliards. Délestez vous de ce vain pessimisme ; votre ex-employeur est un con, mais ce livre vous ne l'avez pas payé.
Laissez glisser ces légers préjugés, ouvrez-le.

"Le premier jour, je la vis sourire. Aussitôt, je voulus la connaître. Je savais bien que je ne la connaîtrais pas."
Trois phrases et l'histoire se déroule. Deux personnages féminins ; une narratrice, un fantasme. Des mots simples, des phrases courtes et sans ambages ; frustration à vif, expression directe d'un égocentrisme adolescent.
Bien, vous venez de lire "Antéchrista" d'Amélie Nothomb. Mais rien ne vous empêche de poursuivre sur 160 pages en Times police 12, allez y sans crainte, ce sera rapide et indolore. Car si l'auteur ne s'est pas embarrassée d'ambages, elle ne s'est pas non plus embarrassée de relief, d'épaisseur ou de profondeur. Sans effort je vous dis, tout schuss. Rendez-vous en bas de la piste.

"Ainsi sa volonté fut faite, et non la mienne." Ah tiens, déjà arrivé. Quand même, pas possible que ce soit si simple. Mes skis cagneux me jouent des tours, j'ai forcément raté deux bosses et trois sapins là ? Bon, je remonte en tire-fesse. A mi-parcours je m'arrête, je scrute : "En vérité les êtres comme Sabine et moi étaient coupables : au lieu d'aller vers leurs semblables et de s'aimer mutuellement, ils aimaient au-dessus de leurs moyens – il leur fallait des individus à mille lieux de leurs complexes. Il leur fallait des Christa." Ah oui, voilà, j'oubliais de parler du jeu de mot. Le fantasme antéchristique se prénomme Christa.

Bref, résumons-nous : la vie est injuste et l'adolescence ingrate. Je me permets d'ajouter que si vous ne souhaitez pas en finir tout de suite avec la première, ce n'est pas une raison pour vous attarder dans la seconde. Mieux vaut la quitter dès que possible, la laisser loin derrière, car rien n'est plus triste que le spectacle de l'adulescence, du fruit encore vert et déjà avarié.


Changement de décor. Une cabane surplombant le Pacifique, un hamac et une brise chaude qui vous berce voluptueusement tandis qu'un déluge coule entre vos doigts : "Assassins" de Philippe Djian.

Prenez deux assassins d'eau douce dont un narrateur, une protagoniste dégoulinante, un couple en naufrage et un antagoniste mal trempé. Jetez le tout dans une vieille soupière. Ajoutez de l'eau, beaucoup d'eau. Laissez macérer une poignée d'heures, soulevez le couvercle ; vous obtenez un huis clos mouillé prêt-à-consommer.

Vous y goûtez et vous apercevez qu'il n'est pas si fade. Chaque ingrédient ressort distinctement et subtilement, la sauce prend bien. Finalement vous continuez à le siroter nonchalamment jusqu'à ce qu'il n'en reste plus une goutte. Finalement, alors que votre corps transpire des instants parfaits de béatitude moite, votre esprit rejoint l'autre hémisphère, embarqué sur la rivière en crue de Philippe Djian, dont on vous vantait tant le chaud et le froid, là-bas.

Au terme de votre lecture, alors que l'on vous tend un liquide glacé sous son ombrelle, vous vous dites qu'il était bien frais bien agréable ce petit bouquin. Oui. Et ? Et rien, mais alors vraiment rien. Simplement parce qu'il n'y a rien d'autre que du vent, et son joli bruit dans l'air humide. Si bien qu'après avoir laissé couler l'eau sous les ponts quelques temps, les vagues rémanentes ne vous font guère baver. D'ailleurs vous êtes obligé de relouer le roman -plutôt la grosse nouvelle- pour vous remémorer son goût. La conclusion est quant à elle limpide : vous deviez être assoiffé, là-bas.

Voilà. Maintenant que je vous ai donné envie de ne pas lire ces deux bouquins, je vous informe qu'au temps jadis je m'étais essayée à un exercice autrement plus délicat : celui de donner envie d'en lire un.

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